La Peur

Une émotion de base

La peur est une émotion de base très ancienne du point de vue de l'évolution. Elle se retrouve chez tous les mammifères, mais aussi chez les reptiles et les oiseaux. Cela fait donc des millions d'années qu'elle existe. Et si elle a perduré tout ce temps c'est parce qu'elle est très utile: elle sert à nous protéger des dangers. Elle a été étudiée en profondeur par les neurologues et ses mécanismes sont maintenant bien connus notamment par Joseph Ledoux professeur à l'Université de New-York.

Les signes physiques de la peur :

  • tremblements,
  • mains moites,
  • suées,
  • tachycardie,
  • boule dans l'estomac ou la gorge,
  • sensation d'oppression, d'étouffement,
  • mal au ventre, diarrhées, vomissements,
  • etc.,

sont les manifestations de la préparation du corps à réagir face à un danger. Il se retrouvent pratiquement identiques chez les autres mammifères. La première réaction peut être une immobilisation, et simultanément, le corps se prépare soit à combattre soit à fuir, c'est-à-dire dans tous les cas à fournir un effort physique intense.

La peur a un intérêt évolutif évident. Il est primordial pour un être vivant de se souvenir de ce qui peut constituer un danger pour lui et d'y répondre le plus rapidement possible. C'est pour cela que les circuits de la peur enregistrent la première fois ce qui peut constituer un danger pour l'individu de façon à pouvoir réagir le plus rapidement possible sans avoir à analyser en détail la situation les fois suivantes.

On peut donc distinguer deux phases distinctes:

  1. la confrontation initiale avec enregistrement de l'objet et du contexte
  2. les confrontations successives avec le déclenchement automatique rapide des réactions

Les circuits neuronaux

On a identifié deux circuits neuronaux de la peur, un court et un long. Le premier circuit court permet une réponse immédiate avant même que le cortex visuel ait traité l'information. C'est quasiment un réflexe acquis. Le deuxième plus long passe par le cortex visuel et viens ensuite moduler la réponse du premier circuit.

La peur est traitée par des zones spécifiques du cerveau, et en premier lieu l'amygdale. Lorsqu'une réaction de peur est déclenchée, l'amygdale en plus de provoquer toutes les manifestations physiques par l'intermédiaire des glandes hypophyse et pituitaire, transmet des informations vers le cortex et vers les zones qui semblent contrôler la mémoire explicite, celle qui est mise en jeu quand nous retrouvons un souvenir consciemment. Cela signifie, comme on le sait bien, que les peurs sont mémorisées aussi à un niveau conscient.

Le stimulus qui provoque le déclenchement de la peur est traité par le thalamus, une zone plus primitive que le cortex et bien moins développée, et où le traitement de l'information est sommaire, ce qui fait que des stimulus semblables, mais non identiques au stimulus originel peuvent aussi déclencher la peur. Ceci explique par exemple que dans les cas de syndrome de stress post-traumatique, les patients ont des crises de panique déclenchées par des stimulus qui peuvent sembler banals. Par exemple, une porte qui claque peut déclencher une crise alors que le traumatisme a été provoqué par une explosion lors d'un conflit armé. Dans les deux cas, il s'agit d'un bruit fort et soudain et le thalamus ne fait pas la différence. Le cortex peut le faire, mais il le fait après que la peur ait été déclenchée.

Mémorisation et extinction

La mémorisation consciente ou explicite semble être liée à l'hippocampe qui mémorise non seulement le stimulus qui a déclenché l'émotion, mais aussi tout le contexte, notamment le lieu. Cette mémorisation du contexte explique comment une peur peut se généraliser progressivement. Une peur ressentie dans un endroit donné, par exemple un restaurant, va être généralisé à tous les lieux semblables, tous les restaurant dans notre exemple.

Cette mémorisation du lieu peut s'expliquer du point de vue evolutif. L'évolution se fait très lentement, par exemple l'homme et le chimpanzé ont divergé génétiquement il y a environ 6 millions d'années. Or nous avons 98,5% de gènes en commun avec le chimpanzé. Ce qui fait 1,5% de changement en 6 millions d'années, c'est très lent! On peut alors comprendre que le cerveau de nos ancêtre était quasiment identique il y a 40.000 ans, époque où nos ancêtres vivaient en pleine nature. La Nature a mis en place les circuits de la peur pour nous protéger des dangers... de la Nature, c'est à dire des prédateurs. Or si on rencontre un prédateur dans un endroit donné, il est possible que cet endroit soit son territoire de chasse ou d'habitation, dans tous les cas, c'est un endroit à éviter, d'où l'enregistrement du lieu et l'association avec la peur.

L'hippocampe est une région du cerveau qui murit plus tard que l'amygdale, aux environs de deux à trois ans. Cela pourrait expliquer que de très jeunes enfants peuvent mémoriser des peurs au niveau émotionnel, dans l'amygdale, sans en avoir de souvenir conscient, parce qu'à l'époque l'hippocampe n'était pas assez mûr pour stocker l'information.

La mémorisation inconsciente faite dans l'amygdale semble être réalisée par la création de connexions entre neurones qui sont apparemment définitives. Cela signifie qu'une peur acquise peut le rester indéfiniment. Sauf qu'heureusement la nature a prévu un mécanisme – l'extinction - qui permet que ces circuits créés ne soient plus activés.

L'extinction d'une peur semble être commandée par le cortex, c'est à dire par des fonctions supérieures de l'esprit. Les liaisons entre le cortex et l'amygdale sont beaucoup moins efficaces que celles en sens inverse ce qui explique qu'il faille de nombreuses répétitions pour éteindre une peur alors qu'une seule occurrence suffit pour la mémoriser.

Perturbation des mécanismes

La peur comme les autres émotions se transmet par les expressions du visage, par le ton de la voix, par les comportements. Un enfant même très petit peut ressentir la peur transmise par sa mère, ou de façon plus générale par son entourage, sans savoir de quoi il s'agit. Il ressentira de la peur, il mémorisera que le monde peut être dangereux, sans savoir pourquoi et sans en être conscient.

La peur, comme les autres émotions, peut être déclenchée par l'imagination, par des constructions mentales, par des rêves, par des processus inconscients.

Il existe aussi des cas, où le danger est réel, mais la réponse émotionnelle disproportionnée au danger. Par exemple, une patiente ne pouvait pas monter sur un tabouret ou une chaise pour faire ses vitres, elle avait trop peur de tomber. La peur du vide fait partie des peurs innées, elle nous est utile, mais dans ce cas, c'était excessif.

Dans des situations identiques, tout le monde ne développe pas un trouble anxieux. Il semblerait que certaines personnes aient une sensibilité particulière qui se manifeste soit par un déclenchement particulièrement facile de la peur, soit par des réactions particulièrement intenses. Comme on retrouve souvent des symptômes semblables chez d'autres membres de la famille du patient atteint de trouble anxieux, on peut se demander s'il n'existe pas une prédisposition génétique. D'un autre côté, comme les peurs sont apprises, il est aussi possible que la peur soit transmise aux enfants par le comportement des parents ou de l'entourage, ce qui serait une transmission non génétique, mais purement sociale.